Dans la maison de… Aymar du Vivier
Article de Guillemette Bardinet publié le 31 mai 2007 dans l’édition Bordeaux du journal Sud Ouest.
Aymar du Vivier est un personnage de roman. Il vit sur les quais avec sa compagne Florence et leur fils Balthazar, dans un monde parallèle qu’il décore de ses coups de coeur pour des artistes actuels mais pas conceptuels, et de ses tableaux et meubles de famille. Ils occupent le premier et noble étage d’un hôtel particulier dans un appartement qui plonge sur le « Colbert » autant dire que c’est seulement ce matin qu’ils devraient prendre connaissance de leur vue sur le fleuve.
Côté boulot, Aymar fait à l’occasion l’acteur pour son copain Pascal Thomas (« La Dilettante », « Mon petit doigt m’a dit ») mais surtout l’agent pour ses artistes coups de coeur ; il aime faire profiter ceux qui l’entourent de son entregent et de son carnet d’adresses. Il a trois idées à la minute et une vraie connaissance d’un certain Bordeaux. Il est érudit et feint de croire qu’il en est de même pour tous.
On entre chez lui par un escalier intérieur qui débouche sur une pièce en second jour éclairée avec douceur par un puits de jour aux formes Art déco.
Une tapisserie d’Aubusson « retour des Indes » déborde un peu des élégantes boiseries. Un bureau anglais et quelques paperasseries définissent la fonction de cette grande pièce-palier construite autour de l’escalier et de ses colonnes XIXe presque kitsch.
Aux murs sont exposés de nombreux trophées de chasse (papa était maître d’équipage), sans oublier quelques tableaux d’ancêtres et portraits de leurs toutous, indispensables compagnons de chasse à courre.
Envoûtants paysages.
Au-dessus de la lourde malle marine, quelques armes blanches dont cette très belle machette au manche sculpté d’une tête d’aigle.
Sur l’arrière, une chambre d’amis de généreuses dimensions accueille un incroyable lit Napoléon retour d’Egypte; la pièce profite de la seule lumière du puits de jour, ce qui, ajouté a la patine des meubles, lui confère une atmosphère très particulière. Le cabinet de toilette attenant est du même jus.
Côté quais, une belle pièce ouvre sur un balcon. Ici, le maître des lieux s’est fait plaisir : photographies de Luc Cherry, puissantes gravures de Sverre Bjorn Nielsen, comme ce poisson mécanique ou cet autre inquiétant poisson blindé traités comme des planches de muséum d’histoire naturelle. Ailleurs, d’envoûtants paysages de Peter Bond ou une vision des sommets captivante de Turuvani. Sans oublier Philippe Mohlitz, Laetitia Temporelli, Murielle Rodolosse, Koffi Comar, peintres, photographes, plasticiens qui ont tous une place de choix dans son panthéon personnel.
Pour s’asseoir, on hésitera vaguement entre le canapé design chocolat et l’authentique pied d’éléphant posé devant l’imposante table à gibier pas banal.
Clou de l’expo, sous la fausse tête de taureau, un épatant portrait d’Aymar vu par Balthazar : la relève semble assurée.
Un appartement où la déco est une affaire de cohabitation entre les meubles de famille, les artistes, les ancêtres, Aymar himself, et les siens.
